Propofol à l’hôpital : réduire le gaspillage et les déchets médicamenteux

LES ACTUALITÉS ZÉRO DÉCHET

Propofol à l’hôpital : un gaspillage invisible aux lourdes conséquences environnementales

Chaque jour, dans les blocs opératoires et unités de réanimation, des litres de médicaments injectables sont jetés sans avoir été utilisés. Parmi eux, le propofol occupe une place de choix. Derrière ce gaspillage discret se cache un enjeu économique, sanitaire et environnemental que les établissements de santé ne peuvent plus ignorer. Tour d’horizon des causes, des impacts et des pistes concrètes pour agir.

Le propofol : un anesthésique incontournable aux enjeux environnementaux majeurs

Qu'est-ce que le propofol ?

Le propofol est l’un des anesthésiques intraveineux les plus utilisés. Administré en injection ou en perfusion continue, il induit et maintient l’anesthésie générale lors d’interventions chirurgicales, mais sert également à la sédation des patients en réanimation.

Présenté sous forme d’émulsion lipidique blanche, il s’administre pur ou dilué, en seringue ou en poche de perfusion. C’est précisément cette gestion en flux tendu, soumise aux aléas du parcours patient, qui en fait l’un des médicaments les plus exposés au gaspillage.

Un impact environnemental direct

Le propofol en tant que déchet constitue une source de pollution environnementale directe. Comme d’autres médicaments injectables, il peut présenter un indice PBT élevé — autrement dit, une capacité à persister dans l’environnement, à se bioaccumuler dans les organismes vivants et à exercer une toxicité sur les écosystèmes.

Or, les stations d’épuration classiques ne sont pas conçues pour éliminer ce type de molécules : rejetés dans les eaux usées via les éviers du bloc ou les urines des patients, ces résidus atteignent directement les milieux aquatiques et s’y accumulent.

Ce constat environnemental rend d’autant plus urgente la question du gaspillage. Car avant même de traiter les déchets, c’est en amont, dans les pratiques de préparation et d’administration, que se joue l’essentiel.

Le gaspillage de propofol : ampleur, causes et solutions

Des taux de gaspillage préoccupants

Le constat est clair : en réanimation, plus d’un médicament injecté sur dix finit à la poubelle sans avoir été utilisé. Au bloc opératoire, la situation est encore plus marquée, avec un taux de gaspillage pouvant dépasser 30 %. Le propofol figure systématiquement parmi les molécules les plus concernées — au CH de Cannes, près d’un litre de médicaments liquides était jeté chaque jour, en majorité des anesthésiques préparés en amont « au cas où ».

Pourquoi ce gaspillage ?

Les causes sont avant tout organisationnelles. Modification de prescription, arrêt inopiné d’un traitement, préparation anticipée non utilisée : autant de situations du quotidien soignant qui génèrent des résidus évitables. Plus révélateur encore, selon l’étude GAME-OVER (2025), une majorité d’infirmiers déclare parfois préparer des médicaments non encore prescrits, ou changer les seringues à heure fixe indépendamment de toute indication clinique. Ces pratiques, héritées d’une logique de précaution, constituent pourtant le premier levier sur lequel agir.

À cela s’ajoute une contrainte propre au propofol : ne contenant aucun conservateur antimicrobien, il favorise la croissance rapide de micro-organismes après ouverture. Sa stabilité n’est donc garantie que 12 heures à 25°C, ce qui contraint les équipes à jeter tout résidu au-delà — d’autant plus dommage lorsque la seringue n’a pas été datée et que le doute s’installe. Cette même contrainte microbiologique rend par ailleurs toute réutilisation impossible : un résidu de bloc ne peut être ni conservé, ni redirigé vers un autre usage (par exemple vétérinaire).

Réduire le gaspillage : leviers d'action concrets

Ces causes étant identifiées, plusieurs ajustements relativement simples permettent d’agir efficacement :

  • Préparer les produits au moment où ils sont nécessaires plutôt qu’en début de vacation
  • Dater et horodater systématiquement les seringues pour éviter de jeter un produit encore valable
  • Adapter les conditionnements aux besoins réels du patient
  • Réviser les protocoles de changement de seringues en les basant sur des indications cliniques plutôt qu’un rythme horaire systématique

Le CH de Cannes, pionnier sur le sujet, a démontré que ne plus préparer le propofol en début de vacation mais au moment où il est réellement nécessaire suffisait à réduire significativement les volumes jetés. Recourir aux seringues préremplies constitue une autre piste efficace, bien que plus coûteuse à l’achat.

Sensibiliser les équipes et s'appuyer sur la donnée

La sensibilisation des équipes, appuyée sur des données chiffrées relatives aux volumes jetés et aux risques environnementaux, est un facteur clé de changement. Les professionnels de santé sont globalement réceptifs aux enjeux de développement durable et peuvent s’approprier rapidement ces démarches dès lors qu’ils en voient les résultats concrets.

À l’échelle nationale, le coût estimé du gaspillage médicamenteux en réanimation seule est évalué à 2,7 millions d’euros par an : un argument économique qui complète utilement l’argument écologique pour convaincre les directions d’établissements.

Tri et gestion des déchets liés au propofol

Le propofol génère en réalité trois flux de déchets distincts, qui appellent chacun des filières spécifiques.

Le verre médical

La nature même du propofol (une émulsion lipidique) impose un conditionnement en verre : le plastique altère la stabilité du produit et n’est pas retenu par les fabricants pour le conditionnement primaire.

Ces contenants peuvent être de deux types : le borosilicate (type I) pour les ampoules, ou le verre sodo-calcique (type II / III) pour les flacons. Les deux types de verres étant indistinguables à l’œil nu et la filière de recyclage du verre pharmaceutique n’existant pas aujourd’hui à l’échelle nationale, les flacons de propofol aujourd’hui ne sont pas réellement recyclables.

Les déchets plastique

Une fois sorti de son flacon, le propofol est administré par voie intraveineuse via des seringues et tubulures en plastique. Si le patient ne présente pas de risques infectieux et que l’aiguille de la seringue est détachable du corps, ces éléments en plastiques peuvent alors intégrer la filière de déchets résiduels d’activité.

Par contre, si le corps de la seringue n’est pas détachable de l’aiguille, alors c’est un OPCT et là il doit obligatoirement être traité avec les DASRI.

Les résidus médicamenteux liquides

Pour rappel, le code de la santé publique (Article R4211-24) impose l’incinération des médicaments non utilisés. Contrairement aux médicaments des particuliers, collectés via Cyclamed, les résidus liquides produits en établissements de santé ne bénéficient pas d’une filière de gestion harmonisée à l’échelle nationale. Longtemps, ces déchets ont rejoint les bacs DASRI, été absorbés sur des compresses, voire évacués dans les éviers — une pratique peu traçable et potentiellement risquée pour l’environnement.

Une première réponse consiste à équiper les blocs opératoires de contenants dédiés à la collecte des résidus médicamenteux liquides— de simples mini-fûts, distincts des bacs DASRI — une pratique encore loin d’être systématique dans les établissements français. Ces collecteurs améliorent la traçabilité, sécurisent la gestion des liquides résiduels et ouvrent la voie à des filières de traitement adaptées.

Il existe par ailleurs des machines en circuit fermé permettant de collecter, transporter et éliminer les déchets liquides chirurgicaux en limitant l’exposition du personnel et les émissions de gaz à effet de serre liées à l’utilisation et à l’incinération de bidons plastiques jetables. Ces équipements restent néanmoins coûteux et supposent un amortissement sur le long terme.

Entre réorganisation des pratiques, respect des conditions de conservation et choix de conditionnements adaptés, les leviers de réduction du gaspillage de propofol existent. La mise en place de filières de collecte dédiées relève quant à elle d’une gestion responsable des résidus inévitables — un enjeu distinct, mais tout aussi nécessaire. Il appartient désormais aux équipes soignantes, aux pharmaciens et aux directions hospitalières de se les approprier — avec l’accompagnement de spécialistes de la gestion des déchets de santé.

Parlez-nous de votre projet ! Vous avez un projet, une question et vous souhaitez en parler ?