Les déchets de dialyse : enjeux et pistes d’optimisation

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Les déchets de dialyse : enjeux et pistes d’optimisation

La dialyse est un procédé médical qui élimine les impuretés et l’excès d’eau du sang chez les personnes souffrant d’insuffisance rénale. Chaque année en France, plus de 50 000 patients sont pris en charge, représentant environ 7 millions de séances. Avec entre 2 et 3,5kg de déchets dont  1,5kg de DASRI produits par séance, on mesure l’ampleur des volumes générés et les enjeux associés.

Enjeux économiques, environnementaux et réglementaires : pourquoi agir ?

Les centres de dialyse, comme l’ensemble des établissements de santé, doivent aujourd’hui optimiser la gestion de leurs déchets pour répondre à un triple enjeu : maîtriser les coûts, réduire l’impact environnemental et garantir la conformité réglementaire.

intervention dialyse

1. Enjeu économique

Le coût moyen des déchets générés par une séance de dialyse est aujourd’hui estimé à environ 2 €, ce qui représente, pour un centre réalisant 12 000 séances par an, une dépense annuelle de 20 000 à 25 000 € consacrée à la seule gestion des déchets. À l’échelle nationale, ces coûts constituent un poste budgétaire structurel pour les établissements de santé.

Contrairement à une idée répandue, les déchets non dangereux – déchets assimilés aux déchets ménagers, emballages, plastiques, cartons, équipements à usage unique – représentent une part significative des volumes produits en dialyse et pèsent aussi fortement sur les coûts. Quant au coût de traitement d’un kilo de DASRI, il est en moyenne 3 à 6 fois supérieur à celui d’un kilo de DAOM, en raison des exigences spécifiques de conditionnement, de traçabilité, de collecte et de traitement.

Enfin, une fraction croissante des produits et équipements utilisés en dialyse relève des filières de Responsabilité Élargie du Producteur (REP), notamment pour les équipements électriques et électroniques (DEEE) ou les emballages. La méconnaissance de ces filières en centre de dialyse se traduit par des surcoûts directs, les déchets étant alors orientés vers des filières classiques plus onéreuses.

2. Enjeu environnemental

L’empreinte environnementale d’un centre de dialyse est particulièrement élevée en raison de la consommation importante d’eau, de l’usage massif de plastiques à usage unique et de la production de déchets, notamment des DASRI.

Pourtant, une meilleure caractérisation des flux, un tri plus fin à la source et l’orientation de certains déchets vers des filières de recyclage permettent de réduire significativement cet impact, sans compromettre la sécurité des soins.

kit dialyse

3. Enjeu réglementaire et de conformité

La conformité réglementaire d’un centre de dialyse repose sur le respect des obligations applicables à l’ensemble des flux de déchets produits. Si la gestion des DASRI constitue un volet central, les établissements sont également tenus d’assurer le tri à la source de plusieurs autres flux réglementés, notamment les emballages, les déchets relevant de la réglementation « 8 flux », les biodéchets ainsi que les déchets dangereux.

La traçabilité des déchets dangereux comme non dangereux est par ailleurs obligatoire pour tout établissement de santé. Si les déchets assimilés aux ordures ménagères (DAOM), les biodéchets ou encore les déchets d’emballage ne sont soumis qu’à l’obligation d’inscription dans le registre interne, les DASRI et déchets dangereux, eux, font l’objet d’une traçabilité stricte (via Trackdéchets).

Les principales filières de tri dans un centre de dialyse : comment agir ?

Dans un centre de dialyse, une gestion optimisée des déchets repose sur l’identification précise des flux et leur orientation vers les filières adaptées.

1. Des déchets qui doivent obligatoirement être traités en DASRI

DASRI

Dans un centre de dialyse, certains déchets doivent obligatoirement être traités comme des DASRI, conformément à l’article R.1335-1 du Code de la santé publique.

Il s’agit

  • Des matériels et matériaux piquants ou coupants (OPCT) destinés à l’abandon, qu’ils aient été ou non en contact avec un produit biologique (seringues, aiguilles, lames, filtres…).
  • Des produits sanguins à usage thérapeutique incomplets ou arrivés à péremption, comme certaines poches de sang ou produits dérivés.
  • Des déchets présentant un risque infectieux.

Cette dernière catégorie doit être évaluée avec soin dans le cadre d’une dialyse, où certains consommables et matériels peuvent être contaminés (ce qui conditionne leur orientation vers les filières DASRI pour garantir la sécurité sanitaire).

2. Ce qui peut être jeté en DASRI ou en DAOM : le cas particulier du dialyseur

En théorie – à la lecture du dernier guide DASRI publié par la DGS à l’été 2025 et selon l’interprétation que nous en faisons – il est possible de jeter dans les DAOM le dialyseur (ou rein artificiel) à deux conditions :

  1. Qu’il soit vide, i.e. qu’il n’y ait pas de risque d’écoulement de sang ;
  2. Qu’il n’ait pas servi à dialyser un patient présentant un risque infectieux (foyer infectieux avéré ou suspecté d’une multiplication active d’agents biologiques pathogènes.)

En pratique, il peut être difficile de jeter les dialyseurs dans les DAOM pour plusieurs raisons :

  • Certains modèles de générateur purgent le dialyseur en fin de séance, et ceci est le meilleur moyen de s’assurer qu’il n’y a pas de risque d’écoulement de sang avec un dialyseur usagé. Mais si le centre de dialyse ne possède pas ces générateurs, il est plus simple et plus sûr de jeter les dialyseurs usagés dans les DASRI ;
  • Si le centre de dialyse possède un équipement mixte (certains générateurs qui purgent les dialyseurs et certains non), il est également plus simple et plus sûr de jeter tous les dialyseurs usagés dans les DASRI : en effet l’existence d’une consigne de tri différenciée selon les modèles de générateur n’est pas recommandée ;
  • Enfin, si les DAOM sont collectés par une collectivité locale, celle-ci peut refuser que les dialyseurs – même purgés – y soient jetés.
dialyseurs dans poubelle DASRI

Cela reste donc un débat au cas par cas mais certains gros établissements, à l’image du service d’hémodialyse du CHU de Nantes, ont déjà entamé avec succès une démarche pour une dialyse « plus verte » en réorientant de nombreux déchets précédemment en DASRI vers les DAOM, à l’exception des déchets provenant de patients atteints de bactériémie ou d’infection virale hématogène. 

3. Les déchets d’emballages

emballage materiel santé

Un centre de dialyse génère une quantité importante de déchets d’emballages :

  • Des emballages de transport : cartons bruns (principalement), palettes, etc.
  • Des emballages – et suremballages – de conditionnement des dispositifs stériles utilisés lors d’une séance. Ces emballages sont beaucoup des emballages en plastique (souple et rigide) ;
  • Les bidons ou poches de chlorure de sodium (NaCl) : ces emballages sont en plastique également, parfois de grand format (près de 5 L) ;
  • Les emballages alimentaires : ce sont les emballages des collations patients, les gobelets cartons si le centre n’est pas passé aux tasses lavables, etc.

Tous ces déchets sont recyclables et doivent impérativement être triés.

En juillet 2026, le démarrage opérationnel de la filière REP des emballages professionnelles permettra aux établissements professionnels, y compris aux centres de dialyse, d’être éligibles à des dispositifs de collecte et de recyclage soutenus pour leurs déchets d’emballages plastiques (financés via les éco‑organismes agréés), à condition que ces déchets soient triés et orientés vers les filières appropriées.

4. Les déchets diffus spécifiques

tri déchets spécifiques

Moins importants en poids, mais symboliques de l’activité de dialyse, certains déchets de petit format sont produits par un centre de façon récurrentes – par exemple :

  • Des garrots ou des compresses non utilisées, qui peuvent être réemployées via des dons à des centres équestres ou à des associations comme la SPA ;
  • Des bouchons en plastique et embouts de protection des tubulures, qui peuvent être collectés pour des associations telles que Les Bouchons d’Amour, qui les recyclent et financent l’achat de fauteuils roulants.

Ce tour d’horizon des déchets de la dialyse n’a pas la prétention d’être exhaustif et nous renvoyons à d’autres articles pour en savoir plus sur :

Optimiser sa gestion des déchets de dialyse au délà du tri

1. Centres autonomes vs intégrés

Les centres de dialyse intégrés à un hôpital ou à une clinique ne maîtrisent pas entièrement la gestion de leurs déchets, parce qu’ils dépendent de la logistique globale de l’établissement : circuits mutualisés, stockage centralisé et procédures standardisées, en général moins adaptés aux spécificités des déchets de dialyse.

À l’inverse, les centres de dialyse autonomes disposent de flux plus homogènes et organisés autour de circuits dédiés, avec une collecte régulière et des process calibrés sur leurs volumes. Ces centres peuvent ainsi gérer de manière plus directe et spécialisée leurs déchets.

2. Réduction à la source

Réduire les déchets dès l’amont constitue un levier majeur, souvent sous-exploré. Les établissements expriment d’ailleurs une attente croissante envers des fournisseurs plus responsables, en particulier pour :

  • La réduction et l’allégement des emballages ; notamment les poches de chlorure de sodium
  • L’optimisation du design des dispositifs (tubulures plus fines, dialyseurs moins volumineux, matériaux plus légers)
  • Le développement de solutions modulaires limitant la quantité de consommables nécessaires ;
  • Etc.
dialyse déchets

La gestion des déchets solides de dialyse, entre DASRI, emballages et consommables, représente un enjeu économique, environnemental et réglementaire majeur. Un tri précis, la réorientation vers des filières adaptées et la réduction à la source permettent de concilier sécurité, coûts maîtrisés et impact environnemental réduit.

Sources

  • Guide des bonnes pratiques pour une dialyse verte, SFNDT 
  • CHU de Nantes – gestion durable des déchets en hémodialyse. CHU Nantes

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