Les actualités zéro déchet

Réduction et tri des déchets : comment changer le comportement des usagers ?

Pour générer moins de déchets, et mieux trier les déchets résiduels, le comportement de l’usager est une variable-clé. Citoyens à domicile ou salariés au bureau, nous avons tous un rôle à jouer pour améliorer collectivement nos performances « déchets » – et ceci sera d’autant plus facile si nous évoluons dans un environnement qui facilite la prévention et le tri des déchets !

20 août 2020

1/ Stratégie rhétorique : utilisation d’arguments qui font appel à notre rationalité

« Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas », « Tous les papiers se recyclent », « Grâce à vous +3 000 tonnes d’emballages recyclés », etc. : toutes ces campagnes de communication essaient de nous convaincre que réduire ses déchets et les trier, moralement c’est bien. This is the right thing to do! Continuez !

Répétés depuis des années – quasiment depuis le lancement de la filière des emballages ménagers en 1992 – ces messages restent sans doute nécessaires, mais ils ne sont pas suffisants. La stagnation des performances de collecte en France, notamment dans les grandes villes, montre que cette stratégie rhétorique ne touche pas tout le monde, ou bien ne touche en nous que la partie « rationnelle », qui ne nous résume pas.

    Une campagne comme celle de Ecofolio propose un message simple qui éduque sur la qualité recyclable du papier.  « Le papier en a 5 (vies) » : le message est clair, il est possible de recycler le papier alors pourquoi ne pas le faire

     

    Les campagnes « rhétoriques », lorsqu’elles touchent chaque individu personnellement, sont plus efficaces. Ici, à chaque profil une quantité de déchets produite à l’année. Tout le monde peut s’y retrouver et intégrer le message transmis par la campagne.  Sa simplicité le rend plus accessible et facilite la prise de conscience : « Moi adolescent, je produis autant que Tom, il est temps que ça change » !

    Attention : les campagnes de communication « rhétoriques » ne doivent pas laisser entendre que le tri est la solution à tous les problèmes. En l’occurrence, différentes campagnes récentes font du geste de tri « le premier rempart contre la pollution marine » : ceci est faux, le premier rempart contre la pollution marine reste bien la réduction des déchets à la source !

     

    2/ Stratégie incitative : rétribution du geste de tri

    Une autre stratégie est alors possible, qui fait appel à nos intérêts : la stratégie incitative récompense directement un comportement vertueux, en l’occurrence celui de mettre chaque déchet dans la bonne poubelle. On a ainsi vu apparaître en France des bornes de collecte disposées sur les parkings des supermarchés, pour capter les bouteilles en plastique en échange d’une rémunération – en l’occurrence un bon d’achat dans le supermarché concerné.

     

     

     

     

     

    Autres exemples en France avec Cliiink et Yoyo : ces entreprises récompensent le geste de tri par un nombre de points à dépenser sur un catalogue d’activités, sachant que le geste de tri est « comptabilisé » soit par la validation d’un QR code lors du passage dans un point de collecte spécifique, soit par l’apport à un coach de sacs de pré-collecte dédiés. Attention, ces incitations ne doivent pas pousser à générer plus de déchets dans l’idée d’avoir plus de points : il est certes important de trier, mais réduire ses déchets reste la priorité !

    Sur le même principe, on a vu récemment resurgir le débat sur la consigne : un montant forfaitaire est payé en plus pour l’emballage du produit, et rendu seulement si l’emballage est apporté dans une borne de collecte. Quoique plutôt efficaces pour augmenter les performances de collecte, la consigne et plus largement la stratégie incitative se heurtent à deux critiques majeures :

    1. D’une part, ces dispositifs ont tendance à détourner du service public de collecte des déchets les « meilleurs flux », i.e. les flux de déchets qui ont de la valeur (comme l’aluminium et le plastique). Si la consigne permet de collecter plus, elle implique aussi de collecter autrement, donc de repenser le rôle du service public (pour laisser une place complémentaire aux acteurs privés)
    2. D’autre part, rien ne dit que le geste de tri subsiste si l’incitation économique disparaît…

    3/ Stratégie cognitive : exploitation de biais cognitifs qui influencent nos comportements

    Comme la stratégie incitative, la stratégie cognitive part du constat d’échec (partiel) de la stratégie rhétorique : il ne suffit pas d’exposer les individus à de l’information pour qu’ils changent leur comportement. Le problème, que nous expérimentons tous au quotidien, est l’écart entre ce que nous pensons et ce que nous faisons – et ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’environnement.

    Pour pousser les consommateurs et les salariés à prendre la bonne décision sans empiéter sur les libertés, on peut utiliser les « nudges », qui consistent à changer le contexte dans lequel les décisions sont prises : l’idée est de mettre en relief les options les plus avantageuses pour qu’elles soient choisies de façon automatique par les individus. L’impression recto-verso en choix par défaut est un bon exemple de nudge, de même que la réduction de la taille des assiettes en cafétaria : en réduisant la taille des assiettes on suggère une norme sociale, celle qu’il est normal de moins manger moins.

    Le bon nudge est celui qui fait appel au « système rapide », l’un des deux systèmes de pensée mis en évidence par Daniel Kahneman dans son livre Système 1 / Système 2 : les deux vitesses de la pensée. En tant qu’individu, notre rationalité est limitée, donc nous préférons les décisions automatiques, les décisions qui se font sans effort.

    Un exemple réussi de stratégie cognitive est le fameux cendrier de vote. Le geste de tri est complètement sorti de son contexte, oublié par le jeteur qui est appelé à réfléchir à un autre sujet : Ronaldo ou Messi.

    Ici encore, jeter son déchet devient un jeu. Cependant cette stratégie paraît moins efficace que la précédente. Rien ne pousse le joueur/jeteur à viser la bonne poubelle. Le jeu se résume juste à marquer un panier, sans réelle considération de tri derrière. La stratégie gagnerait à adapter la taille du panier aux déchets qui peuvent y entrer et jouer sur un code couleur et une signalétique plus marqués.

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