Déclassement des déchets : le guide pour comprendre

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Déclassement des déchets : quand les écarts à la norme coûtent vite cher

Le déclassement reste un angle mort de la gestion des déchets en entreprise, alors qu’il entraîne des conséquences très concrètes sur les coûts et les performances de recyclage. On parle de déclassement lorsqu’un flux initialement destiné au recyclage (carton, biodéchets, plastiques, etc.) est rebasculé vers l’incinération ou l’enfouissement parce qu’il est trop souillé ou mal trié. Erreurs de tri dans les biodéchets, cartons mouillés, plastiques mélangés aux papiers, DEEE dans une benne bois… autant de situations qui font basculer un contenant de collecte entier du « bien trié » au « déclassé ».

Dans cet article, nous revenons sur ce que recouvre le déclassement, sur les critères de déclassement côté prestataires et, surtout, sur les moyens de l’éviter.

Déclassement des déchets : de quoi parle-t-on concrètement ?

Définition : un flux recyclable qui bascule

Le déclassement correspond au rebasculement d’un flux de déchets initialement destiné au recyclage vers un flux de déchets résiduels (incinération ou enfouissement), en raison d’une non-conformité. Deux causes principales expliquent ces situations :

Un mauvais tri à la source

Les erreurs de tri par les détenteurs de déchets peuvent être liées à plusieurs facteurs :

  • Absence ou mauvaise configuration des poubelles de tri ;
  • Local déchets inadapté ou saturé ;
  • Manque de formation du personnel ou des clients / visiteurs (exemple typique : les pots de yaourt ou sachets de sauce dans les biodéchets…)
  • Signalétique peu claire ou incomplète.

Dans ces cas, la non-conformité n’est pas nécessairement volontaire : elle révèle souvent un problème d’organisation.

De mauvaises conditions de stockage

Le cas typique est celui du carton stocké à l’extérieur sans protection, qui prend l’eau et dépasse les seuils d’humidité acceptés par les repreneurs matière.
Même correctement trié, un déchet mal conservé peut donc être déclassé.

Les enjeux du déclassement

Le déclassement découle d’exigences techniques, industrielles et de sécurité : les centres de tri et les exutoires doivent en effet appliquer des critères d’acceptation précis afin de garantir la qualité de la matière recyclée et de protéger leurs opérateurs comme les équipements.

Garantir la qualité de la matière recyclée

Les filières de recyclage fonctionnent avec des standards d’acceptation :

  • Taux d’impuretés
  • Seuil d’humidité
  • Homogénéité du flux

Ces garde-fous permettent d’éviter qu’un lot entier soit pollué par quelques éléments indésirables, car une matière trop souillée devient inexploitable industriellement.

Standards du CEREC pour les emballages papier carton

Assurer la sécurité des opérateurs

Le déclassement répond également à un impératif de sécurité.

Les agents de collecte et les opérateurs en centre de tri manipulent parfois manuellement les flux. La présence d’objets coupants ou dangereux dans un flux inadapté peut ainsi entraîner des accidents graves : ciseaux ou couteaux dans les biodéchets, éclats de verre dans le papier-carton, etc.

À plus grande échelle, certaines erreurs de tri peuvent endommager les équipements ou provoquer des incidents majeurs : batteries lithium à l’origine d’incendies, extincteurs ou bonbonnes sous pression susceptibles d’exploser.

Le déclassement constitue donc aussi une mesure de prévention des risques humains et industriels.

Quand et comment un déchet est-il déclassé ? Cas concrets

Exemples de déclassement rencontrés sur le terrain

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Couteau retrouvé dans des biodéchets

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Verre médical mis dans une poubelle de verre ménager

Plastique mélangé à du carton 

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Tissu retrouvé dans une benne de carton

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Emballages dangereux dans les déchets résiduels

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DEEE et DEA dans des ordures ménagères 

Mais encore

  • Sac plastique noir ou opaque dans un flux de biodéchets ;
  • Extincteur dans les déchets résiduels ;
  • Carton mouillé car benne laissée ouverte 
  • etc

Dans la majorité des cas, c’est le contenant entier (poubelle ou benne) qui est alors déclassé, même si l’écart concerne un élément isolé.

💡Certaines erreurs de tri ne font pas l’objet de déclassement, mais peuvent faire l’objet de pénalités malgré tout.

Exemple 1 : certains prestataires de biodéchets notent la qualité du tri et indexent le coût de traitement au nombre d’erreurs de tri. Le déclassement correspond au niveau le plus bas. 

Exemple 2 : pour les DASRI traités par banalisation, les objets métalliques supérieurs à une certaine taille sont refusés (par exemple les prothèses). Dans ce cas il n’y a pas de déclassement car le flux est déjà fléché vers de l’incinération ou de l’enfouissement, mais il y a bien des accidents possibles chez l’opérateur et donc des pénalités associées.

CGV pour collecte de biodéchets avec notation de la qualité de tri.

Qui décide du déclassement ?

Les décisions de déclassement s’appuient principalement sur les standards des recycleurs, les critères des exutoires finaux et les cahiers des charges des repreneurs matière. Ces standards sont ensuite appliqués par les prestataires de collecte.

Le contrôle peut intervenir durant chacune des étapes : visuellement lors de la collecte, puis au centre de tri et enfin à l’exutoire (impuretés, humidité…)

Un flux peut donc être accepté à la collecte mais refusé ensuite à l’exutoire si les analyses révèlent une non-conformité.

Mesure du taux d'humidité

Marges de négociation

Les contrats de collecte fixent généralement des seuils d’acceptation, prévoient des pénalités en cas de non-conformité et encadrent les conditions de déclassement.

Une bonne pratique consiste à s’assurer qu’ils incluent une clause imposant la justification de tout déclassement, par exemple via la transmission de photos ou d’autres éléments probants.

Chez Take a Waste, nous constatons que cette exigence est encore trop souvent négligée. Nous avons donc fait du suivi et de la justification systématique des déclassements un pilier de notre accompagnement client.

Dans certaines situations exceptionnelles ou subies par le détenteur, une discussion est possible, par exemple

  • poubelle vandalisée dans un dépôt extérieur,
  • taux d’humidité proche du seuil contractuel,
  • incident ponctuel clairement identifié.

La traçabilité et la transparence sont ici déterminantes pour éviter les abus comme les incompréhensions.

Les impacts financiers du déclassement, et comment les éviter

La double voire triple pénalité

Le déclassement d’un flux de déchet entraîne au moins deux des coûts additionnels suivants :

  • Pénalités :
    •  Surcoûts pour sur-tri nécessaire (avec un supplément par tonne de déchets) ;
    • ou forfait « incident de tri »
  • Paiement du traitement au prix du déchet non recyclable (DIB), plus élevé que le prix de traitement des déchets recyclables ;
  • Pour le cas des collectes avec rachat matière prévu : pas de rachat matière (le flux devient un flux sans valeur économique).

exemple de pénalité contractuelle facturée

Exemple pour une benne contenant 1 T de carton, avec un rachat prévu à 100 € / tonne.

En cas de déclassement, le coût est le suivant :
→  190€ / tonne de traitement en DIB
→  20 € / Tonne de pénalité,
→  100 € / Tonne pour non-rachat de mes matières.
soit près de 310 € de perte pour un seul enlèvement de benne !

Dans des cas plus extrêmes (ex : présence de déchets radioactifs dans un flux de déchets infectieux), l’intégralité du camion peut être facturée au tarif du déchet le plus contraignant et revenir extrèmement cher au détenteur du déchet.

Limiter les déclassements

Réduire les déclassements passe d’abord par une amélioration du tri à la source. Cela suppose des consignes adaptées à l’activité réelle du site, une signalétique claire et cohérente, des contenants différenciés et un contrôle régulier du local déchets. La mise en conformité avec les obligations réglementaires de tri constitue également un socle indispensable.

Il est ensuite nécessaire d’agir sur les « points noirs » identifiés sur le terrain : gestion spécifique des objets coupants en cuisine, mise en place de circuits dédiés pour les déchets diffus comme les équipements électroniques ou mobiliers, protection des cartons contre l’humidité, séparation stricte des déchets dangereux, etc.

Ces ajustements ciblés permettent de sécuriser les flux et de limiter les risques de non-conformité.

Suivre ses déclassements dans un reporting déchets

Le déclassement doit être suivi comme un indicateur à part entière dans le pilotage des déchets. Fréquence des incidents, flux concernés, sites les plus exposés : cette donnée permet d’objectiver les situations et d’identifier les causes récurrentes.

Suivi des anomalies sur la plateforme Take a waste

Un mandataire indépendant comme Take a waste peut jouer un rôle clé en contrôlant la justification des déclassements et en vérifiant qu’ils sont conformes aux standards contractuels. Cette vigilance limite les risques d’interprétation abusive et permet d’instaurer un dialogue équilibré avec les prestataires.

Au-delà du contrôle, le suivi des déclassements facilite l’identification des ajustements nécessaires — organisation, signalétique, formation ou sécurisation des contenants — afin de réduire durablement les non-conformités.

Le déclassement n’est pas un simple incident ponctuel : il révèle la solidité — ou les fragilités — d’une organisation déchets. Mal anticipé, il génère des surcoûts rapides et dégrade les performances de recyclage. Suivi, analysé et encadré contractuellement, il devient au contraire un levier d’amélioration continue et de maîtrise budgétaire.

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