Textiles sanitaires

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Les textiles sanitaires à usage unique sont-ils recyclables ?

Depuis la pandémie du covid, de nombreux médias ont posé la question : que deviennent nos masques ? Et plus largement, que deviennent nos textiles sanitaires ? Ces textiles, que l’on retrouve majoritairement dans les établissements de santé, sont souvent à usage unique : mouchoirs, protections hygiéniques, couches, blouses, charlottes, etc. Alors peut-on les recycler ? Voire les réduire à la source ? On vous explique tout !

 

Quelle fin de vie aujourd’hui pour les textiles sanitaires à usage unique ?


Les textiles sanitaires à usage unique comprennent un très large périmètre de produits, d’utilisations et de composants. Il n’existe d’ailleurs pas de définition « officielle » des textiles sanitaires à usage unique, mais on peut y intégrer tous les produits en fibre naturelle ou synthétique, qui ne sont pas conçus pour être réutilisés et qui répondent à des besoins d’hygiène, de nettoyage ou de soin.

Les textiles sanitaires à usage unique peuvent être classés de la façon suivante[1] :

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  1. Produits d’hygiène en feuille

« Ils sont majoritairement composés de produits en ouate de cellulose [et] sont utilisés pour l’hygiène de la personne ou pour la propreté des surfaces ou des objets. Ils se présentent en formats individuels regroupés en paquets, étuis ou boîtes, ou bien en rouleaux ou bobineaux. »

  • Papier toilette
  • Essuie-mains et essuie-tout papier
  • Mouchoirs
  • Cotons démaquillants et cotons-tiges
  • Lingettes nettoyantes et rince-doigts
  • Nappes, sets et serviettes de table
  • Autres articles d’essuyage dont industriel

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  1. Produits d’hygiène absorbants portés

« Ils comportent un matelas absorbant, généralement composé de pâte de bois défibrée (pâte fluff) avec des super-absorbants, associé à d’autres matériaux tels que plastique, non-tissé, élastiques, etc. Ces produits sont, pour la large majorité d’entre eux, des produits portés à même le corps. »

  • Couches bébés : changes complets, culottes-couches, etc.
  • Protections féminines : tampons, serviettes périodiques, protège-slips
  • Protections pour incontinents : protections anatomiques, changes complets, slips absorbants, couches droites, alèses absorbantes, etc.

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  1. Produits non-tissés à usage médical

« Ils sont spécifiquement conçus pour l’utilisation au bloc opératoire [et] la maîtrise du risque infectieux. Ils sont garantis stériles par le fabricant et ils évitent ainsi de nombreuses procédures de contrôle des opérations de stérilisation. »

  • Vêtements et protège-vêtements jetables (casaques chirurgicales)
  • Drapages utilisés en blocs opératoires et dans les cabinets médicaux (draps d’examen)
  • Masques sanitaires

Au niveau du recyclage, tous les textiles sanitaires à usage unique ne se valent pas. Certains d’entre eux n’ont aujourd’hui aucune perspective de valorisation du fait :

  • qu’ils représentent des déchets trop diffus pour être collectés en filière séparée,
  • qu’ils font face à une limite technique et / ou réglementaire : composition en multi-matériaux (les lingettes pré-imbibées), la présence de sang (les protections hygiéniques, compresses, pansements) ou de médicaments (les protections pour incontinence).

Cependant, les établissements de santé sont activement en demande de solutions sur des filières de recyclage économiquement viables. Lesquelles sont-elles ?

 

2/ Quelles initiatives existent aujourd’hui pour recycler les textiles sanitaires à usage unique ?

Le caractère jetable de ces produits, qui garantit une protection sanitaire optimale et un coût moindre, entraîne une large production de déchets. Aujourd’hui, la très grande majorité des textiles sanitaires à usage unique dans les établissements de santé; les EHPAD et  les crèches sont jetés avec les déchets résiduels[1].

Les quelques solutions actuelles de valorisation des textiles sanitaires à usage unique en France sont regroupées dans le tableau ci-dessous :

Produit

Solution de valorisation matière (organique incluse)

Couches bébé

Une valorisation séparée avec les biodéchets est en cours d’expérimentation. Ce projet coordonné par les Alchimistes depuis 2019, comprend des recherches sur l’ensemble du cycle de vie : en amont avec des acteurs industriels sur le développement de couches (classiques et compostables), et en aval sur la comptabilité des couches. Le projet doit passer en 2024 en phase de démonstrateur.

Pour en savoir plus : Les couches fertiles par les Alchimistes

Essuie-main en papier

Un tri à la source d’essuie-main est mis en place afin d’approvisionner l’industrie papetière. Il n’existe à ce jour qu’un seul service en France, déployé dans un rayon de 350 km environ à partir d’Houdonville (Eure-et-Loir).

Prestataire : Tork du groupe Essity

Equipement de Protection Individuelle (EPI)  : masques, blouses, charlottes

Il existe à date des solutions de recyclage des masques (voir notre article à ce sujet), mais aucune de ces filières n’est encore à un stade « mature », au sens où les capacités de traitement restent assez limitées et bien inférieures aujourd’hui au gisement d’EPI usagés.

Exemples de prestataires :

–        Versoo

–        Keenat

Champs opératoires

Un projet pilote mené par Take a waste et une clinique bordelaise est en cours en cette année 2023. Aucune expérimentation n’avait été menée jusqu’à présent, pourtant la composition matière (un mix de polyéthylène et polypropylène) en fait des produits techniquement recyclables a priori.

Vous souhaitez réduire et mieux trier dans votre établissement de santé ?

Téléchargez cette checklist !

 

3/ Quel avenir pour le recyclage des textiles sanitaires à usage unique ?

Bonne nouvelle pour le recyclage des textiles sanitaires à usage unique, plusieurs points accélèrent son développement :

  • L’émergence de nouveaux acteurs : comme énoncé dans le tableau ci-dessus, de nouveaux acteurs de collecte et de traitement se font connaître, et les filières continuent à se développer (notamment pour les masques et les EPI depuis la pandémie).
  • Le développement d’une filière REP (Responsabilité Elargie du Producteur) : issue de la loi AGEC, une filière REP pour les textiles sanitaires à usage unique est prévue pour le 1er janvier 2024 (pour en savoir plus sur la REP, découvrez notre article sur le sujet). Les travaux en cours et à venir sont les suivants :
    • Une étude de préfiguration de l’ADEME (en collaboration avec In Extenso Innovation CroissanceGovernment Healthcare et Take a waste) afin de proposer une définition des textiles sanitaires, établir un état des lieux et fournir des orientations sur la mise en œuvre de la REP ;
    • Un décret d’application qui permettra notamment de définir le périmètre de la filière ;
    • Un arrêté portant cahier des charges des (futurs) éco-organismes, qui fixe certains objectifs et les modalités de mise en œuvre.

Le déploiement d’une filière REP pour les textiles sanitaires est synonyme de développement de solutions d’éco-conception et de recyclage de ces textiles. Nous pouvons donc nous attendre à une forte augmentation des solutions de recyclage de ces textiles dans les années à venir, mais le recyclage ne doit pas rester la seule solution pour lutter contre ces déchets, surtout pour les établissements de santé (pour en savoir +, découvrez notre article sur les limites du recyclage).


Quel potentiel d’écoconception des produits ?


D’importants enjeux d’écoconceptions des textiles sanitaires à usage unique doivent être poussés par la nouvelle filière REP afin de réduire l’impact environnemental de ces produits. Cela peut comprendre (liste non exhaustive) :

  • L’intégration de contenu recyclé (produits d’hygiène papier et absorbants) ;
  • L’interdiction de certaines substances ou additifs dans les produits, notamment les produits d’hygiène absorbants (protection hygiénique, papier toilettes, etc.) et les produits compostables ou potentiellement compostables (mouchoirs, coton-tige, coton) ;
  • La composition à base de fibres naturelles (produits d’hygiène papier et absorbants) ;
  • La composition en mono-matériaux (EPI, dispositif de soin, etc.).


Quelles alternatives à l’usage unique ?

Avec une durée de vie très limitée pour un processus de fabrication potentiellement gourmand en ressources et en énergie, le cœur du problème ne réside pas dans le recyclage des textiles sanitaires à usage unique, mais dans l’usage unique en tant que tel. L’usage unique est donc à éliminer dès que possible, bien que ce soit difficile dans certains environnements de travail (comme par exemple dans la santé au bloc opératoire).

Sur la réduction à la source, de nombreux textiles de type « gadget » peuvent être éliminés (comme les lingettes par exemple). Ils seraient à différencier avec d’autres textiles plus utiles de type « protection ».

Quant aux solutions de réemploi, il existe dès à présent de nombreuses solutions réutilisables : couches de bébé lavables, linges réutilisables, EPI réutilisables, articles d’essuyages réutilisables, etc.

 


[1] Classification Take a waste sur la base des catégories de Xerfi et de Group’Hygiène. Les descriptions entre guillemets sont reprises de :  https://www.grouphygiene.org/fr/secteur/les-produits/.

[2] Les autres exutoires (hors recyclage ou déchets abandonnés) sont :

  • Les eaux usées : une part des textiles sanitaires sont jetés dans les toilettes et rejoignent les stations d’épurations des eaux usées (papiers toilettes, protections hygiéniques) ;
  • Les Déchets d’Activité de Soin à Risque Infectieux (DASRI) : dans le secteur de la santé, certains textiles sanitaires sont considérés par les soignants comme porteurs d’un risque infectieux et doivent donc être jetés dans les DASRI.

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